Questions de Linguistique

Version 2.0 | Dernière mise à jour le 15 juillet 2017.

Sommaire

  1. Introduction

    1. Pourquoi ce document ?
  2. Questions générales

    1. Qu'est-ce que la linguistique ?
    2. Qu'est-ce que n'est pas la linguistique ?
    3. Quelles différences y a-t-il entre philologie et linguistique ?
    4. Comment naît la linguistique ?
    5. Pourquoi la linguistique ?
    6. Quel est le rapport des linguistes à l'histoire de la linguistique ?
    7. Est-ce que les linguistes peuvent se spécialiser sur une langue en particulier ?
  3. Sociolinguistique

    1. Qu'est-ce que le prescriptivisme ?
    2. Pourquoi l'Académie Française ?
    3. Faut-il supprimer l'Académie Française ?
    4. Les réformes orthographiques ont-elles un intérêt ?
    5. Pourquoi la disparition des langues du monde serait une catastrophe ?
  4. Formalismes

    1. Pourquoi la grammaire est si dure ?
    2. La grammaire peut-elle être mise en équation ?
    3. Peut-on trouver une organisation type compréhensible quelque soit la langue des locuteurs ?
    4. Comment plusieurs explications peuvent-elles coexister pour un même fait de langue ?
  5. Linguistique historique

    1. Quelles sont les fins de la grammaire comparée ?
    2. Peut-on reconstituer une langue disparue depuis des siècles ?
    3. Y a-t-il des études linguistiques sérieuses sur la "langue originelle" ?
    4. Est-il vrai qu'on ne sait pas pourquoi les langues évoluent ?
    5. Y a-t-il une théorie liant hongrois et étrusque ?
  6. Typologie

    1. Est-ce qu'il existe une mesure de la "complexité" d'une langue?
    2. Est-ce que le nombre de langues augmente, diminue ou stagne ?
    3. Qu'est-ce qu'un isolat ?
    4. Quelles peuvent être les raisons de l'existence d'isolats ?
    5. Quelles sont les caractéristiques linguistiques les plus rares ?
    6. Quelles sont les particularités du finnois ?
    7. Quelles sont les particularités du français ?
    8. Que sait-on sur l'étrusque ?
  7. Miscellanées

    1. Pourquoi réfléchir sur la langue fait-il se sentir dieu?
    2. Qu'est-ce que la stylistique linguistique ?
    3. Peut-on déduire de l'histoire du basque que les Basques sont parmi les plus anciennes population d'Europe ?
    4. Quelles ressources conseillerais-tu pour débuter en linguistique ?
  8. Bibliographie

    1. Références
    2. Liens

Introduction

Pourquoi ce document ?

Le but de cette page est de donner des réponses aux questions de linguistique que peuvent se poser les gens, et de permettre à tout un chacun de s'instruire un tant soit peu sur ce qu'est la linguistique.

J'ai l'impression qu'il y a bien moins de ressources francophones qu'anglophones sur Internet, dans ce domaine, et c'est pour remédier à ça que je me suis attelé à l'écriture de cette page.

Précisons tout de suite que je ne prétends pas avoir de vérité absolue ni sur le langage, ni sur les langues, ni sur la linguistique. Il y a une part de subjectivité dans mes réponses. Et aussi une part de simplification, bien sûr.

Pour poser des questions, m'envoyer des compliments des injures, écrivez-moi.

Vous pouvez également laisser un commentaire sur cette page.

Et enfin, poser des questions sur Curiouscat.

Pour le moment la page ne contient quasiment pas de références, mais je compte bien en rajouter.

Questions générales sur la linguistique

Qu'est-ce que la Linguistique ?

La Linguistique est l'étude scientifique du Langage et de la Langue.

Ce que les linguistes appellent Langage est un phénomène naturel bien particulier : la faculté humaine à apprendre et à employer des systèmes symboliques de communication et de représentation appelés Langues.

Au sein du règne animal, il existe beaucoup de systèmes de communication plus ou moins élaborés. Néanmoins, on peut mettre les Langues humaines à part pour les raisons suivantes :

Enfin, la langue est doublement articulée, c'est à dire que tout énoncé linguistique est susceptible d'être décomposé en unités élémentaires de sens (les morphèmes), et ces unités peuvent à leur tour être décomposées en unités plus petites, qui n'ont pas de sens en elles-mêmes, mais servent à distinguer les morphèmes entre eux, et qu'on appelle phonèmes (Dans le cas des langues gestuelles, on parle tout de même de phonèmes par convention, quoique le terme chérème se rencontre paraît-il également).

Certains systèmes de communication animale peuvent présenter une partie de ces caractéristiques (Par exemple, la danse des abeilles emploie des symboles arbitraires pour faire référence à des éléments qui ne sont pas immédiatement accessibles), mais seule la langue humaine les présente toutes (Dans l'état actuel de nos connaissances).

La linguistique est une entreprise scientifique (en tout cas elle se veut telle).

Idéalement, elle cherche à donner une description de toutes les productions potentielles du Langage et de la Langue.

Le but ultime de la linguistique est de caractériser complètement les propriétés du Langage humain (aussi bien les propriétés purement internes que celles de l'interaction de la langue avec la cognition, la culture ou la société), de dégager quelles propriétés des langues sont universelles et de caractériser de quelle façon varient les propriétés qui ne sont pas universelles.

Bien sûr, nombre de linguistes poursuivent des buts différents, ce que j'expose là est une espèce d'horizon idéal.

Vu la grande diversité des approches possibles en matière de langage, on rencontre aussi souvent l'appellation Sciences du Langage qui insiste plus sur cette diversité.

Moi, je préfère le mot Linguistique, pour, au contraire, mettre l'accent sur l'interdépendance entre les différentes disciplines de la linguistique. Mais c'est un choix purement personnel.

Qu'est-ce que n'est pas la linguistique ?

La linguistique n'est pas une branche des disciplines suivantes : Littérature, Philosophie, Philologie, Sociologie, Psychologie, Neurologie, Ethnologie... Bien qu'il existe évidemment des recouvrements, des intersections, avec ces disciplines, la Linguistique est une entreprise bien spécifique, ses buts et son objet sont bien à part.

Saussure décrivait la Linguistique comme une branche de la Sémiologie, c'est à dire de la science des signes, mais compte tenu de la spécificité des signes linguistiques, organisés en systèmes très complexes, et du changement de sens du mot "Sémiologie", qui a pris un sens plus étroit, les deux disciplines restent distinctes, dans leurs pratiques, malgré, là encore, des préoccupations communes et des recouvrements.

Il est impossible de ranger la linguistique dans les autres sciences, à moins d'adopter une perspective ultra-réductionniste, mais dans ce cas, toutes les sciences sont des branches de la physique, qui n'est elle-même que l'application des mathématiques à la réalité.

La linguistique n'est pas une entreprise normative. Elle ne cherche pas à dicter la façon de parler des gens, elle n'émet en aucun cas de jugement moral ou esthétique à ce sujet. En linguistique, il n'y a pas de notion de correction, toutes les formes sont dignes d'attention.

La linguistique peut fournir des outils et des approches pour aider à l'enseignement des langues, mais les préoccupations didactiques ne font pas stricto sensu partie de la linguistique.

On parle parfois de "linguistique prescriptive", cela peut revêtir plusieurs sens, mais si on restreint le mot "linguistique" à son sens de discipline scientifique, la prescription linguistique n'en fait pas partie.

Quelles différences y a-t-il entre philologie et linguistique ?

La philologie c'est l'étude des textes, la linguistique c'est l'étude des langues.

Historiquement la linguistique, en particulier européenne, est née de la philologie, et la plupart des linguistes du XIXe siècle avaient une formation de philologue.

Mais les préoccupations de la linguistique moderne se sont progressivement écartées de la philologie, aussi bien par le renversement de perspective induit par Saussure en Europe que par les apports des anthropologues qui étudiaient les langues de peuples sans traditions écrites.

Globalement les préoccupations de la linguistique sont d'ordre structurel, grammatical. Le fond de ce qui est dit n'est pas très important, en linguistique, ou n'est important que par la façon dont ce sens est encodé dans la langue.

Il reste des liens entre linguistique et philologie bien sûr, surtout la linguistique historique.

Comment naît la linguistique ? (comment elle est née)

Question posée par Claire Fetet

Toutes les disciplines enseignées en Occident revendiquent une filiation avec un philosophe grec.

Pour la linguistique, souvent, on cite Platon et son Cratyle (que je n'ai pas lu)...

Mais les premiers vrais linguistes dont l'Histoire ait gardé la trace sont plutôt des Indiens.

Ainsi, la plus ancienne description complète d'une langue, le Sanskrit, qui soit parvenue jusqu'à nous est l'oeuvre d'un dénommé Pāṇini, dans un livre d'une grande densité : L'Aṣṭādhyāyī

Les premiers travaux de nature linguistique ont toujours plus ou moins une visée prescriptive. Il s'agit de codifier l'usage de la langue, de fixer la façon de l'employer, pour des raisons religieuses.

La tradition linguistique moderne naît précisément quand, à la fin du XVIIIe siècle, l'Inde tombe sous le joug du colonisateur britannique et que les échanges culturels portent justement le Sanskrit à la connaissance des lettrés Européens. Constatant la similarité entre Sanskrit, Persan, Latin et Grec, ils déduisent l'existence de la famille Indo-Européenne et petit à petit se crée tout un champ d'étude appelé grammaire comparée qui vise à reconstruire la généalogie des langues via la recherche et l'étude des correspondances systématiques entre leurs mots.

La première contribution de Ferdinand de Saussure à la linguistique a, du reste, été un article sur les voyelles du proto-indo-européen.

Saussure est considéré comme le fondateur de la linguistique moderne pour avoir élargi les perspectives de la linguistique au-delà de l'étude des changements de formes.

C'est lui qui a insisté sur l'opposition entre approche diachronique (étude de l'évolution d'une langue au cours du temps) et approche synchronique (étude d'un système linguistique à un point précis), et sur la nécessité de comprendre la langue comme un système de signes. Il a également explicité la différence entre Langage et langue, et entre langue et parole, cette dernière étant l'application concrète du système plus abstrait qu'est la langue.

Pourquoi la linguistique alors qu'on sait parler?

Question posée par Claire Fetet

Pourquoi l'anatomie alors qu'on sait bouger ?

Le fait de parler résulte généralement de la volonté, de la même façon que le fait de bouger, mais les mécanismes du langages sont globalement inconscients, de la même façon que bouger la main ne suffit pas à comprendre quels sont les mécanismes du mouvement.

Personne ne se réveille en se disant « Aujourd'hui je vais dévoiser un peu mes consonnes finales et relever légèrement mes voyelles » ou bien « Je vais arrêter de prononcer les marques de pluriel et placer les clitiques objet avant le verbe ».

Nous constatons pourtant que de tels changements surviennent dans les langues du monde.

La linguistique tente d'expliciter ces mécanismes inconscients qui nous permettent de nous exprimer, et de nous comprendre, avec plus ou moins de bonheur.

Quel est le rapport à l'histoire de la discipline en linguistique ?

Cela dépend à mon avis de la branche de la linguistique dans laquelle on se spécialise, et d'avec qui on étudie la linguistique. C'est également une question de génération.

Un certain nombre de gens qui se spécialisent à part entière dans l'étude de l'histoire de la linguistique et des théories sur les langues depuis Pāṇini à aujourd'hui.

Néanmoins, il n'est pas clair pour moi que leur travail ait beaucoup de connexions avec le travail des autres linguistes, ni que ces derniers s'intéressent énormément à l'histoire de leur discipline.

J'ai l'impression que les linguistes qui ont une formation de base plus "littéraire" et/ou qui sont d'une génération plus ancienne auront tendance à se référer aux "grands auteurs" de façon plus constante, tandis que ceux qui ont une formation plus récente auront peut-être moins tendance à le faire, mais il y a vraisemblablement beaucoup de variation et je ne sais pas si quelqu'un s'est lancé dans une enquête de sociologie des linguistes pour traiter cette question.

Est-ce que les linguistes peuvent se spécialiser sur une langue en particulier ?

Oui, c'est même assez fréquent, car on ne peut pas tout faire.

Les linguistes qui touchent au plus grand nombre de langues différentes sont les typologues, qui cherchent à établir des comparaisons systématiques à grande échelle parmi l'ensemble des langues du monde, mais ils s'appuient en grande partie sur des travaux descriptifs très détaillés, préalables qui nécessitent un investissement (en temps, en travail) qu'on ne peut pas avoir pour plus d'une ou deux langues à la fois (Dans WALS, la page de chaque langue comporte une ou plusieurs sources relative à cette langue par exemple).

La majorité des linguistes se spécialise sur certains aspects de certaines langues ou groupes de langues proches, de façon plus ou moins stable et grégaire, suivant les tempéraments et les intérêts de chacun.

Il y en a qui changent parfois radicalement de domaines, et d'autres qui malgré une spécialisation marquée ne s'interdisent pas d'intervenir sur d'autres langues de façon plus ou moins régulières.

Bref, c'est relativement variable, suivant les intérêts de recherche des linguistes.

Sociolinguistique

Qu'est-ce que le prescriptivisme ?

Le prescriptivisme, c'est l'attitude qui consiste à prescrire et à proscrire des formes linguistiques, autrement dit, à dicter la façon de parler des autres.

Le prescriptivisme vise généralement à normaliser la langue de façon plus ou moins restrictive.

En pratique, le prescriptivisme passe par l'élimination artificielle de dizaines de formes considérées comme "incorrectes" alors que nombre de gens les utilisent quotidiennement.

Il peut y avoir plusieurs justifications à une telle normalisation. Par exemple, dans des contextes juridiques, la langue utilisée est extrêmement codifiée afin de minimiser les confusions et les débats sans fin sur le sens des mots. (ça ne marche pas toujours).

Il peut aussi être utile de tenter de normaliser les terminologies en sciences, afin de maximiser l'intercompréhension et de se rendre intelligible au plus grand nombre.

Et de même, dans un contexte scolaire, il est probablement inenvisageable qu'un correcteur apprenne l'argot et les idiosyncrasies de chaque élève quand il corrige ses copies, qui doivent donc être rédigé dans un standard.

Là où le bât blesse, c'est que le caractère artificiel et arbitraire d'une telle normalisation (Qui, soit dit en passant, est toujours plus proche de la façon de parler des classes favorisées que de celle des classes pauvres ou des minorités...) est perdu de vue par nombre de gens, qui prétendent en faire "l'état naturel de la langue" et poussent des cris d'orfraie si on prétend y déroger.

Bien souvent ils invoqueront des notions totalement subjectives pour justifier leur position. Ainsi, un argument qui revient souvent est celui de "l'euphonie". « Il ne faut pas parler de telle façon parce que "ça sonne mal" ».

On voit bien que s'il fallait bannir du vocabulaire toutes les formes qui déplaisent à quelqu'un, on n'en aurait pas fini...

D'autres arguments se veulent plus objectifs et c'est là que ça commence à devenir drôle.

Les grammairiens font souvent appel à la logique pour justifier leurs règles, mais le mot "logique" n'a ici qu'une valeur totalement incantatoire.

En effet, compte tenu de la nature arbitraire des signes linguistiques, il n'y a pas de raison "logique" de préférer dans l'absolu une forme à une autre.

À la limite, on peut invoquer la cohérence, mais le fait est que d'une part, aucune langue n'est jamais totalement cohérente, et d'autre part, la grammaire traditionnelle accentuerait plutôt l'incohérence (qui est de toute façon difficile à évaluer, pour ne pas dire subjective...)

Le problème c'est que les règles qui gouvernent réellement la langue sont des règles inconscientes. Sinon, la linguistique serait un jeu d'enfant. Il suffirait de demander aux gens pourquoi ils mettent des déterminants avant les noms, les compléments après les verbes...

Mais les gens n'ont aucune idée des raisons qui les poussent à parler de la façon dont ils parlent. Posez-leur des questions et vous obtiendrez des explications vagues, des invocations de grammaire scolaires (souvent muettes sur un nombre surprenant de points), et des appels à des créatures mythiques, telles que "l'esprit de la langue" (ou "le génie de la langue").

Séance de spiritisme

Invocation de l'esprit de la langue par des linguistes-spirites

Tenter de modéliser les règles véritablement appliquées par les gens quand ils parlent est une tâche extrêmement complexe, et c'est aussi un préalable indispensable à comprendre la vraie "logique de la langue", les vrais mécanismes qui sous-tendent les productions linguistiques.

Les grammaires prescriptives ne se préoccupent absolument pas de cela, leur ambition est juste de supprimer des formes décrétées plus ou moins arbitrairement comme fautives.

Les linguistes voient généralement le prescriptivisme d'un mauvais oeil, pour des raisons internes et externes à la linguistique.

La principale raison interne vient des innombrables idées fausses perpétuées avec le prescriptivisme, pour le justifier :

L'idée que la langue est en péril, l'idée que "mal parler" montre qu'on "pense mal", qu'une expression "incorrecte" est la marque d'une pensée appauvrie, l'idée que c'est la forme écrite qui importe et que l'expression orale est un épiphénomène,l'idée que, si on ne lui impose pas un ordre de l'extérieur, la langue est un chaos total....

La principale raison externe, pour autant que je puisse en juger, tiens à un questionnement de la motivation du prescriptivisme.

On a vu qu'il pouvait être utile de normaliser la langue en certains contextes, reste qu'il peut être utile de se poser des questions sur la façon dont on la normalise.

Et en dehors de ces contextes, le prescriptivisme sert essentiellement à permettre aux gens de mépriser leur prochain et se croire meilleur que lui (plus intelligent, plus vertueux, plus respectueux, tout ce que vous voulez), que ce soit en prônant un conservatisme rigide qui sanctifie l'accord du participe, ou au contraire, un réformisme échevelé qui jetterait à bas les vieilles formes pour en imposer de nouvelles, parées d'une farandole de vertus illusoires.

Dites vous bien qu'il n'y a pas de différence entre se moquer de quelqu'un qui emploie un "français incorrect" et se moquer de quelqu'un qui parle une langue étrangère ou minoritaire. C'est la même attitude.

Pk l'académie française ?

Question posée par Lays Farra

« La fonction [de l'Académie Française] est de normaliser et de perfectionner la langue française. [...] La mission qui lui est assignée dès l’origine , [...] est de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous. » (Wikipédia, "Académie Française"

L'Académie Française a pour unique but le conservatisme linguistique.

Sa fonction principale est de refuser toute forme d'évolution linguistique, de quelque nature qu'elle soit. Les seules innovations acceptées par l'Académie Française sont celles qui sont entérinées par l'usage depuis des lustres. Ses recommandations restent absolument lettre morte et son autorité est nulle.

Quand l'Académie Française utilise la linguistique, elle s'en sert telle l'ivrogne le lampadaire : pour trouver du soutien, pas pour éclairer sa lanterne.

Bref, l'Académie Française est, dans le domaine de la langue, une expression du conservatisme et du centralisme français.

Pour autant, il y a pire que l'Académie Française. Il y a tout les petits prescripteurs amateurs, tout les petits commentateurs qui s'improvisent correcteurs, alors qu'eux-mêmes n'appliquent souvent que très imparfaitement les règles qu'ils prétendent faire appliquer aux autres.

Et les réformistes de la langue ne valent pas mieux, ce sont deux facettes détestables d'une vision normative de la langue.

Faut-il supprimer l'Académie Française ?

L'Académie Française est avant tout un symbole.

Le problème du prescriptivisme ne se réduit pas à l'Académie Française et elle est avant tout un symptôme du caractère fortement normatif de notre société sur le plan de la langue. Un symptôme, bien plus qu'une cause.

Et du reste, je gage que les neuf dixièmes des prescriptivistes du quotidien ne connaissent pas et ne consultent généralement pas les avis de l'Académie Française.

De même que l'Académie Française ne retient que ce qui l'arrange dans ce que disent les linguistes, de même les prescriptivistes ne retiennent au mieux que ce qui les arrange dans les prescriptions de l'Académie Française (j'en veux pour preuve l'inapplication des pourtant modestes réformes orthographiques de 1990).

Par conséquent, peu importe ce que devient l'Académie Française, le problème n'est pas et n'a jamais été là.

Les réformes orthographiques ont-elles un intérêt ?

Le principe d'une réforme de l'orthographe, c'est de changer les formes graphiques des mots qui sont promues par les institutions.

Elles peuvent aller de la simple élimination de lettres muettes (par exemple les réformes sur l'orthographe du russe après la révolution), à un changement de système d'écriture (par exemple, l'imposition de l'alphabet latin pour écrire le turc par Atatürk).

Les réformes orthographiques ont souvent des buts multiples, souvent avec une charge symbolique et politique derrière.

En se limitant à l'aspect purement linguistique des réformes, on peut se demander si les réformes orthographiques destinées à rendre l'orthographe plus simple ont un intérêt.

Le problème c'est que la langue a une certaine inertie et que par défaut les pratiques langagières des gens ne changeront pas spontanément pour appliquer la réforme. L'exemple des réformes orthographiques française de 1990 montre que même des changements assez timides restent lettre morte si personne ne se soucie de les faire appliquer.

Il y a en gros trois possibilités pour les réformes orthographiques :

Dans le premier cas, la "réforme" n'est en fait que la sanction officielle de pratiques déjà installées, de sorte qu'elle est indolore, puisqu'elle entérine ce qui fait déjà partie de l'usage. Il s'agit un peu de feindre d'être l'instigateur de changements qui vous dépassent.

Dans le deuxième cas, la réforme va effectivement à l'encontre des pratiques habituelles sur un point ou l'autre, mais comme elle est effectuée sur une base de pure incitation, rien ne change dans les faits, c'est le cas de la réforme de 1990.

Le troisième cas est celui où la réforme est accompagnée d'une volonté politique forte de la faire appliquer, c'est le cas des réformes russes et turques déjà citées, et le cas où une réforme est véritablement une réforme.

Pour ce cas-là, si le but réel de la réforme est de simplifier la vie des gens, on peut se demander si le jeu en vaut réellement la chandelle. Il est difficile de défendre l'idée, dans cette optique simplificatrice, qu'il faut sanctionner les gens qui emploient l'ancienne orthographe.

Une norme orthographique comporte toujours un certain arbitraire, et même les langues qui ont une écriture phonémique, c'est à dire proche de la prononciation, ont souvent un standard écrit qui est un peu différent de l'oral, voire très différent de l'oral (de nos jours internet rend ces considérations encore plus complexes, il peut sembler que la frontière entre oral et écrit est devenue bien plus poreuse, mais sur internet se développent aussi des codes propres).

L'orthographe française actuelle est d'une complexité bien trop élevée et vouloir la simplifier part d'une bonne intention, mais en pratique, il est pénible à tout le monde de changer ses habitudes, et le problème de la complexité orthographique est un problème mineur en lui-même.

Les problèmes majeurs posés par une norme linguistique ne sont pas liés à son contenu, mais à son utilisation comme outil d'exclusion sociale.

Il semble donc préférable, plutôt que de modifier le contenu d'une norme qui est de toute façon arbitraire, de tenter de modifier plutôt notre rapport à la norme.

La société française, et en particulier ses membres les plus vulnérables, ont plus à gagner d'une moins grande rigidité dans l'application des normes orthographiques, par l'Éducation Nationale au premier chef, qu'à une réforme bien intentionnée mais qui n'aurait guère d'effet positif, sinon de faire sortir du bois les réactionnaires qui poussent des cris d'orfraies à l'idée qu'on puisse tolérer d'écrire "nénufar" et "ognon".

Mieux vaut être plus souple, plus tolérant vis-à-vis des écarts à la norme, que de réformer la norme.

Pourquoi la disparition des langues du monde serait une catastrophe ?

Je pense que pour répondre à cette question, il faut d'abord se demander ce qu'on entend par diversité culturelle et quels éléments on fait rentrer dedans, et pourquoi il faut se préoccuper de la préserver.

Si on admet que c'est en soi une richesse et qu'il faut la préserver à un degré ou à un autre, alors il faut préserver les langues qui en sont partie intégrante.

Je pense qu'on peut clamer à bon droit que la diversité linguistique de l'humanité est aussi fascinante et digne d'attention et de préservation que toutes les autres formes de variations culturelles (gastronomiques, religieuses, artistiques, et caetera).

Un paramètre peut-être plus politique c'est que les langues menacées sont en général les langues de gens menacés, souvent de minorités ethniques forcées à l'acculturation (voire pire) par des voisins dominant socialement.

La langue est quasiment partout dans le monde un facteur de domination culturelle et pouvoir utiliser sa langue maternelle tout le temps sans se poser de question, et en particulier pour interagir avec le pouvoir, c'est en fait un privilège, comme on dit, un privilège qui n'est pas donné à tout le monde.

Par conséquent, la défense de la langue peut être le catalyseur d'une lutte politique plus large.

Bref, défendre la diversité linguistique de l'humanité, c'est défendre le droit à exister en tant que membre d'une culture, c'est défendre le droit des gens à exister sans devoir plier leur identité à une culture qui n'est pas la leur.

La langue est un des marqueurs identitaires les plus fondamentaux et la disparition d'une langue n'est jamais un événement anodin.

Formalismes

Pourquoi est ce que la grammaire est si dure?

Question posée par Ewind

Parce que la langue est chaotique.

Le mot "grammaire" a plusieurs sens. Dans la langue courante, il désigne ce qu'on apprend à l'école et que les linguistes appellent "grammaire traditionnelle". En linguistique, la grammaire, c'est l'ensemble des règles (syntaxiques, morphologiques et phonologiques) d'une langue donnée. (Parfois on met la phonologie à part).

Pour ce qui est de la grammaire traditionnelle prescriptive qu'on enseigne dans les établissement scolaires du primaire et du secondaire, elle est dure parce qu'elle est arbitraire et qu'elle ne veut pas l'admettre.

Le but de la grammaire traditionnelle est de normaliser la langue, avant tout la langue écrite, et de la faire converger vers un modèle de langue considéré comme prestigieux (Pour des raisons qui vont de leur usage par les classes sociales favorisées, à l'arbitraire le plus pur et dur).

La difficulté de la grammaire traditionnelle française (mais c'est probablement aussi applicable ailleurs) tient à ce qu'elle est très conservatrice, et cherche à nier l'importance de la distance entre langue orale et langue écrite.

La grammaire française regorge de choses qui existent exclusivement à l'écrit. Des temps entiers, comme le passé simple, ne persistent que via le medium écrit qui est artificiel.

En fait, pour reprendre l'analogie développée un peu plus haut, c'est un peu comme une langue étrangère. Et les difficultés sont donc peu ou prou les mêmes que pour les autres langues étrangères.

La difficulté des grammaires descriptives produites par la linguistique s'explique différemment :

Les langues sont des systèmes spontanément organisés de façon inconsciente, par des êtres humains.

Leurs règles de fonctionnement sont inférées puis instanciées par des cerveaux humains, en des énoncés qui sont interprétés par d'autres cerveaux humains, selon des processus qui comportent une certaine part d'incertitude.

Pour être vraiment rigoureux, il n'y a vraisemblablement pas deux personnes qui emploient exactement la même grammaire, et ce qu'on appelle "langue", ce sont des modélisations de règles, et de lexiques, qui semblent être partagés par un ensemble de personne plus ou moins grand (une communauté linguistique).

Pour travailler, les linguistes sont obligés de modéliser un tant soit peu la ou les langues qu'ils étudient, de lisser l'infinité des variations possibles, mais il y a alors une autre difficulté, qui est que la linguistique ne cherche pas seulement à décrire une seule langue, en termes d'elle-même elle cherche à permettre de décrire toutes les langues et à les examiner, à les comparer, ce qui n'est possible que si on essaie de dégager des catégories universelles, qui soient valables partout.

Des notions comme le verbe, l'adjectif, le sujet, l'objet ou même la syllabe, deviennent extrêmement problématiques quand on essaie d'en donner une définition qui dépasse le cadre d'une langue ou d'une famille de langues, et il n'est pas possible de théoriser sur le langage et sur les langues si on ne peut rien généraliser d'une langue à l'autre.

Par conséquent, une grammaire purement descriptive est nécessairement d'une certaine complexité mais pour des raisons différentes d'une grammaire normative.

[La grammaire] peut-elle être mise en équation?

Question posée par Ewind

Je ne sais pas si on peut vraiment parler d'équation en l'occurrence.

L'équation implique une égalité entre une valeur et une expression contenant une ou plusieurs variables.

Ce qui se rapproche le plus des équations, en linguistique, à ma connaissance, ce sont les calculs de prédicats qu'on trouve en sémantique formelle.

Par exemple, on peut noter ROUGE(), le prédicat qui détermine qu'un objet est rouge, et transcrire « Le ballon est rouge » en ROUGE(x) = Vrai, avec ballon l'x qui satisfait cette équation (Qui transcrit aussi "le ballon rouge", "la rougeur du ballon". Le prédicat abstrait peut être rendu par plusieurs phrases)

La sémantique vériconditionnelle, qui prétend identifier le sens d'un énoncé à ses conditions de vérité et dériver ces dernières de sa structure interne, fait usage de prédicats de ce genre (même si mon exemple est un peu simpliste).

Elle a été très fortement critiquée, car le sens d'un énoncé est souvent largement dépendant du contexte dans lequel il est produit.

Néanmoins, cette approche un peu naïve est utilisée en linguistique informatique, où elle fournit déjà des outils suffisants pour être employés en pratique.

La linguistique utilise un certain nombres de formalismes qui résultent de la volonté d'en faire une discipline plus objective, plus scientifique.

C'est notamment sous l'impulsion de Chomsky que la linguistique s'est orientée vers une plus grande formalisation de ses principes, notamment, outre la sémantique, en syntaxe et en phonologie.

D'une manière générale, la plupart des formalismes linguistiques tendent à être des arbres représentant des relations hiérarchiques entre différentes briques élémentaires, et montrant comment elles se réunissent pour former un élément linguistique plus complexe.

Représentation d'un arbre syntaxique génératif

Un arbre syntaxique, tel qu'employé par la grammaire générative.

Peut-on trouver une organisation type compréhensible quelque soit la langue des locuteurs ?

Question posée par Ewind qui apporte les précisions suivantes :

« Est ce que ( en oubliant le vocabulaire), on peut avoir une "forme " de phrase type, compréhensible par n'importe qui? Pas quelque necessitant une compréhension " fine " mais les phrases de base. ( un peu du créole quoi) ordre des mots oui, ou quelque chose d'approchant #PasClair ( même dans ma tête ^^) »

Effectivement, ce n'est pas très clair, mais je crois comprendre de quoi il est question.

Si je comprends bien, il s'agit de savoir si toutes les langues organisent les phrases de la même façon, si les phrases, au moins les phrase simples, obéissent à la même organisation dans toutes les langues.

Si on s'arrête à un examen de surface, la réponse est clairement non. Par exemple, si on prend les constituants d'une phrase transitive simple : sujet, objet et verbe, on pourra trouver des exemples de chacun des ordres possibles (SOV,SVO, VSO, VOS, OSV, OVS) comme "ordre de base" d'une langue.

Par exemple, l'Arabe classique est VSO, le Basque est SOV, le Malgache est VOS...

Bien sûr, certains ordres sont plus fréquents que d'autres : les deux premiers, SOV et SVO, comptent chacun un peu plus de 40% des langues, ce qui indique une très forte préférence pour mettre le sujet au début de la phrase (en tout cas, si on accepte une certaine définition de la notion de sujet, qui n'est vraiment pas facile à dégager.)

Et il ne s'agit que d'un exemple, parmi des centaines de variations qui peuvent exister dans l'organisation des mots d'une phrase.

Mais on se poser une question plus abstraite, qui est de savoir s'il n'y a pas, derrière ces multiples organisations en surface, une organisation "profonde", qui serait la même pour toutes les langues.

C'est la thèse de la grammaire universelle, de Chomsky. Et c'est une question très âprement discutée en linguistique.

Mais pour en revenir à la question initiale, il y a un point important dans la question, qui est la notion d'intelligibilité. Que les langues du mondes connaissent des organisations différentes, soit, mais est-il possible de ne pas respecter la grammaire d'une langue et d'être malgré tout, en gros, compris ?

La réponse n'est pas nécessairement non. Si quelqu'un arrive en vous demandant « toilettes où est-il s'ivouplaît ? », vous allez comprendre que ce n'est pas un locuteur natif, mais vous saurez aussi le rediriger vers la plus proche vespasienne.

Comment peuvent coexister pour un même fait de langue différentes explications ?

Question posée par Claire Fetet

Pour la même raison que dans n'importe quelle autre science. Si deux théories expliquent un fait de langue, soit elles sont en compétition, soit elles sont complémentaires.

Linguistique historique

Quelles sont les fins de la grammaire comparée ?

Question posée par Le Cheikh

La grammaire comparée a été le point de départ de la linguistique moderne, mais ses buts étaient plus étroits.

Elle se focalisait essentiellement sur l'évolution des langues dans le temps, l'établissement de parentés linguistique et la reconstruction linguistique, c'est à dire la reconstitution de l'ancêtre des langues d'une même famille.

La grammaire comparée privilégiait donc la phonologie et la morphologie historiques de la langue, au détriment du reste, et notamment de la description synchronique de la langue.

Peut-on reconstituer une langue disparue depuis des siècles ?

Question posée par Le Cheikh

Non seulement on peut, mais ça a été l'objectif principal de la Linguistique pendant un long moment !

La tradition linguistique moderne est née suite à la découverte de la parenté entre certaines langues d'Europe et d'Inde, et l'essentiel de la linguistique au XIXe siècle a consisté à établir l'arbre généalogique de la famille Indo-Européenne. À la fin du XIXe siècle, on a également commencé à vouloir établir l'existence et l'organisation d'autres familles de langues, notamment les familles sémitiques et finno-ougriennes (devenues depuis respectivement la famille afro-asiatique et la famille ouralienne).

Pour établir ces familles de langues et reconstruire leurs ancêtres, on a progressivement codifié la méthode comparative de reconstruction.

La méthode comparative se base sur la théorie de la régularité des changements phonétiques, c'est à dire que tel son dans tel contexte de la langue mère évoluera toujours de la même façon dans les langues filles.

La méthode comparative consiste à rassembler pour chaque langue des listes de mots présentant des similarité de formes et de sens d'une langue à l'autre, et à tenter d'établir des correspondances systématiques (i.e. valables dans un maximum de contextes, pour un maximum de mots) entre les différents phonèmes qui les composent.

Une fois ces correspondances établies, il est possible d'en déduire des informations sur les phonèmes de la langue mère, et la façon dont les changement se sont effectués.

Idéalement, chaque correspondance établie permet de reconstruire un phonème de la langue mère, mais ce n'est pas toujours possible, parfois, des informations sont manquantes.

Une fois que suffisamment de mots ont été reconstruits, il devient possible de reconstruire une partie de la grammaire, notamment la morphologie de la langue (c'est à dire, les règles de conjugaison, de déclinaison, de constructions de mots...).

Cette méthode a été étayée de nombreuses fois. De fait, elle a permis à Saussure de postuler l'existence en proto-indo-européen de consonnes qui n'étaient alors attestées dans aucune de ses descendantes, prédiction corroborée lorsque le hittite a été déchiffré.

On voit là que la Linguistique n'est pas une simple discipline descriptive. Dès 1879, les théories échafaudées par les comparatistes permettaient de faire de vraies prédictions scientifiques, confirmées par des observations ultérieures.

Avec un corpus présentant suffisamment de mots différents et suffisamment de langues différentes, on peut ainsi reconstituer toute l'histoire d'une famille de langue, même si établir une chronologie précise n'est pas toujours simple (certaines langues changent plus vite que d'autres).

Il faut en tout cas retenir une chose : Il est tout à fait possible, ainsi que l'a prouvé le linguiste américain L. Bloomfield avec les langues amérindiennes, d'appliquer cette méthode à des langues non-écrites, puisqu'elle se base sur des corpus de langues vivantes.

En fait, il est même possible (mais c'est plus difficile) de l'appliquer au sein d'une même langue, c'est ce qu'on appelle la reconstruction interne. La méthode est peu ou prou la même, mais avec les variantes dialectales de la langue, les différentes formes d'un même mot.

La méthode comparative connait néanmoins certaines limites.

Elle est difficilement opérante sur les créoles, et plus on tente de remonter loin dans le temps, plus les résultats qu'elle donne sont incertains.

Et elle ne permet de reconstruire que certains aspects de la langue. Il n'est pas possible de reconstituer des langues entières. Même sur le strict plan du vocabulaire, certains mots "meurent sans descendance", disparaissent du lexique et ne laissent pas de trace dans les langues filles.

Et bien sûr, il n'est pas possible de reconstituer, au mieux, plus de quelques mots des langues mortes sans postérité.

Références

  • Historical Linguistics : An Introduction, Lyle Campbell. (Nécessite de bonnes bases en linguistique, en particulier en phonétique)

Y a-t-il des études linguistiques sérieuses sur la "langue originelle" ?

Aucun linguiste sérieux ne pense avoir de preuve de l'existence d'une langue originelle commune à toute l'humanité, et encore moins ne prétend savoir à quoi elle aurait ressemblé.

Même à supposer qu'on arrive à regrouper toutes les langues de l'humanité en une seule famille (ce qui n'arrivera jamais), l'ancêtre commun à toutes ces langues ne serait qu'un dernier ancêtre commun, et il serait impossible de prouver qu'il n'était pas contemporain d'autres langues mortes sans descendance, par exemple (c'est mutatis,mutandis le même problème qu'en phylogénétique biologique).

Néanmoins il y a eu, et il y a encore, pas mal de linguistes qui prétendent remonter au delà de ce qu'il est possible de reconstruire avec la méthode comparative classique, avec des degrés de sérieux variables.

Typiquement, de nombreux linguistes ont avancé l'existence de "superfamilles" linguistiques, regroupant plusieurs familles de langues existantes, mais elles suscitent généralement la controverse.

Certaines d'entre elles ont été abandonnées suite à des études plus approfondie, d'autres peuvent encore paraître plausibles, mais il est douteux qu'on arrive jamais à dépasser ce stade d'hypothèse plausible pour la plupart d'entre elles.

Est-il vrai qu'on ignore pourquoi les langues évoluent ?

C'est tout à fait exact que c'est quelque chose qui se dit beaucoup en linguistique historique : on ne connaît pas vraiment les raisons qui guident un changement particulier à l'instant t, on n'a pu que dégager des tendances générales jusqu'ici et pour autant que je sache, il n'existe pas de théorie du changement linguistique qui en détaille des causes.

Le fond du problème c'est sans doute que les linguistes en particulier les linguistes qui font ce genre de travail, sont historiquement attachés à une vision de la diachronie très structuraliste et un petit peu holiste, c'est à dire que pour eux, un mot employé à un moment donné doit avoir un sens et une place complètement déterminés pour celui qui l'emploie, ce qui est sans doute un peu simpliste, mais ce n'est qu'une partie du problème, parce que ça ne nous dit pas malgré tout pourquoi certains mots dans les mêmes conditions évoluent de façon disparate.

Il faut bien réaliser qu'il y a une limite à ce que les linguistes peuvent faire pour remonter dans le passé, même sur des langues écrites, il y a plein de choses qui sont perdues parfois de façon irrémédiables et il est donc difficile d'édifier des théories généralistes solides à ce niveau là.

Y a-t-il une théorie qui connecte étrusque et hongrois et est-elle populaire en Hongrie ?

Pas à ma connaissance.

Le très bon livre d'Istvan Bart sur la Hongrie et les Hongrois cite une théorie délirante en vogue parmi les nationaliste qui rattachait les Hongrois aux Sumériens.

Par ailleurs, il est assez traditionnel en Hongrie de se rattacher aux Huns (même si entre les Huns et les Hongrois il y a 400 ans de décalage pour leur arrivée en Europe).

Maintenant je sais que les nationalistes sont capables de tout les délires et c'est fort possible qu'il y en ait qui rattachent le hongrois à l'étrusque pour X raison.

Il y en a bien qui le rattachent au Basque à cause des pluriels en -ak/ek dans les deux langues (ce qui est du délire complet).

L'ennui de toutes ces petites théories c'est que la généalogie du hongrois est déjà très bien établie, ses plus proches parents en Europe sont le finnois, l'estonien et le same.

L'étrusque, le basque et le sumérien sont trois isolats linguistiques qui n'ont sans doute aucun rapport ni entre eux, ni avec le hongrois.

Bibliographie

  • La Hongrie et les Hongrois, István Bart Traduction : Camille Defourny, Fáber András; Corvina, Bp. 2001.

Typologie linguistique

Est-ce qu'il existe une mesure de la "complexité" d'une langue? (qqchose pour hiérarchiser au -)

Question posée par Clémentin Castellano

Un jeu très aimé des polyglottes est de chercher qui a la plus grosse complexité, qui a la plus dure grammaire, qui a le plus long vocabulaire...

La notion de "complexité" d'une langue n'est pas vraiment pertinente, sur le plan scientifique :

Il y a mille et une façon de comparer deux langues, et en sélectionnant correctement les critères qu'on retient, on est presque toujours assuré de prouver que telle langue est "plus complexe" que telle autre.

En général, une langue qui s'écarte de la "moyenne" sur un point précis reste ordinaire par tout ses autres aspects.

De plus, il faut voir que, très souvent, la "complexité" à un endroit permet la "simplicité" ailleurs. Par exemple, un système de déclinaisons paraît compliqué aux locuteurs du français, mais les langues qui en ont un auront souvent une syntaxe beaucoup moins contrainte, un ordre des mots bien moins rigide que celui du français. Et réciproquement.

Il n'y a pas de mesure "objective" de la difficulté d'apprentissage d'une langue pour la bonne raison que c'est quelque chose de subjectif. Ça dépend entièrement de l'apprenant, de sa langue maternelle et des langues qu'il a étudié auparavant, de son âge, et d'autres facteurs du même acabit.

Il y a malgré tout des moyens plus ou moins objectifs de mesurer la "distance" d'une langue à une autre, il est possible de faire des comparaisons à grande échelle et de regarder si tel élément de la grammaire est plus ou moins rare parmi les langues du monde. C'est l'objet de la Typologie Linguistique.

Par exemple, on peut constater, que certaines consonnes sont plus rares que d'autres, et il me semble même qu'il y a une corrélation entre la rareté d'une consonne sur le plan typologique et la vitesse à laquelle la consonne est acquise par les enfants, lors de l'acquisition de la langue maternelle.

Mais globalement, dire "telle langue est plus complexe que telle autre", en toute généralité, ça n'a pas beaucoup de sens. Il faut préciser les éléments de comparaison retenus.

Par exemple, le français possède plutôt un grand nombre de voyelles, parmi lesquelles des nasales, ce qui est relativement peu répandu, mais le reste de sa phonologie n'a rien de spécial, à ma connaissance.

Références

Est-ce que le nombre de langues vivantes diminue, augmente ou stagne?

Question posée par Clementin Castellano

La réponse à cette question est un peu plus complexe qu'il n'y paraît, parce qu'il n'est pas toujours facile d'établir la "limite" entre deux langues. Il n'est pas toujours facile de dire si deux personnes parlent la même langue ou deux langues différentes étroitement apparentées.

Le concept de "langue", au sens courant du terme a des ramification politiques et identitaires très compliquées. Pour des raisons sans aucune pertinence linguistique, on montera en épingle des différences plus ou moins superficielles pour faire d'une même langue plusieurs (par exemple, L'Hindustani devenu Hindi et Ourdou, le serbo-croate devenu Serbe, Croate, Bosniaque et Monténégrin...) ou de plusieurs langues, une seule (les dizaines de langues parlées en Chine devenant toutes des "dialectes").

On entend régulièrement des statistiques alarmantes sur la disparition des langues dans le monde, et il est tout à fait exact que beaucoup de langues, parlées généralement par de petites populations confrontées à l'influence linguistique de voisins plus riches, plus nombreux et dominateurs, disparaissent sans cesse, pour des raisons variées. Ce sont parfois des familles entières de langues qui sont menacées de disparition, et il est indéniable que la diversité linguistique de l'Humanité est en péril.

Mais, étant donné que nous avons du mal à évaluer le nombre de langues parlées actuellement dans le monde, et que nous avons a fortiori du mal à évaluer le nombre de langues qui ont été parlées, il n'est pas possible de dire à coup sûr si, par exemple, le nombre de langues est plus élevé maintenant qu'en 1750, ou en 50 avant Jésus-Christ. Sans même parler de remonter à des époques qui ne connaissaient pas l'écriture.

Le "nombre de langue" est un concept un peu vague, en fait, pour mesurer quelque chose de pertinent.

Qu'est-ce qu'un isolat ?

On appelle isolat une langue pour laquelle on ne peut pas établir de lien de parenté avec une autre langue, et dont la famille linguistique se réduit par conséquent à elle-même.

Suivant les usages, on peut qualifier d'isolat une langue qui n'a pas de lien de parenté avec une autre langue vivante, ou bien limiter la notion aux langues qui n'ont pas de lien même avec des langues mortes.

Références

Quelles peuvent être les raisons de l'existence d'isolats linguistiques ?

Il n'est pas facile d'y répondre complètement à cette question car nous ne savons tout simplement pas grand'chose de l'histoire linguistique de l'humanité à très grande échelle, et beaucoup de choses sont très hypothétiques dans ce domaine, mais on peut en gros avancer trois raisons :

Le premier cas qui peut conduire à ce qu'une langue soit un isolat, c'est le fait d'être la seule descendance encore existante de ses ancêtres, c'est à dire que soit la langue originale n'a donné naissance qu'à un seul descendant, soit les autres descendants n'existent plus et ne sont pas attestés.

On fait l'hypothèse que ce serait le cas du basque, qui aurait eu une langue cousine, l'aquitain, à moins que l'aquitain soit ancêtre du basque, ce n'est pas clair.

Le deuxième cas qui pourrait conduire à créer un isolat, c'est quand une langue devient trop éloignée des autres membres de sa famille, au point de ne plus être reconnaissable comme appartenant à cette famille.

Le troisième cas, ce serait que la langue en question soit originellement un créole, c'est à dire un mélange entre deux langues dont la parenté ne serait pas vraiment décidable selon les critères ordinaires de la linguistique comparative classique.

Il y a peut-être d'autres possibilités en plus de ces trois là, mais ils me semblent que ce sont les trois principales.

Références

Quelles sont les caractéristiques linguistiques les plus rares ?

Le problème d'une telle question est qu'il y a littéralement des milliers de façons de comparer les langues entre elles.

Suivant les différentes branches de la linguistique, on peut relever les traits suivants comme étant plutôt rares :

Phonologie

Certains phonèmes sont extrêmement rares parmi les langues du monde, tels que par exemple les fameux "clics", un type de consonne qui ne se trouve qu'en Afrique australe. De même la fricative dentale /θ/ (le son "th" de l'anglais) est un son très rare.

Certains phonèmes sont a contrario si courants que c'est leur absence qui est remarquables.

Ainsi, il est rare qu'une langue n'ai pas de consonne bilabiale, ou de nasale. Il arrive un peu plus souvent qu'une langue ne possède pas de fricative, mais cela reste un trait rare.

Sur le plan de la prosodie, il est exceptionnel que les voyelles d'une langues possèdent plus de deux contrastes de longueur, mais c'est le cas par exemple en estonien, qui en plus d'opposer voyelles longues et courtes, possède des voyelles "super-longues".

Morphologie

Le trait morphologique le plus rare est probablement l'emploi de système morphologiques non-concaténatifs. C'est à dire un système ne reposant pas sur l'ajout d'affixes à un mot.

L'exemple le plus connu de morphologie non-concaténative est la morphologie des langues sémitiques (hébreu et arabe en particulier), qui fonctionnent à partir de racines de trois consonnes entre lesquelles sont rajoutés des séries de voyelles pour former des mots. Par exemple la racine K-T-B "کتاب" qui par défaut se lit /kitab/, "livre" donne les mots "كَتَبَ" /kataba/ soit "il a écrit" et "أَكْتُب" /aktub/ "j'écris".

Contrairement au système de combinaison le plus courant où les morphèmes sont simplement mis à la suite (par exemple en anglais "write" + "s" donne "writes" ), les langues sémitiques combinent des racines consonantiques avec des schémas de voyelles pour former des mots.

Une autre forme de morphologie non-concaténative encore plus rare est la morphologie soustractive exemplifiée par le murle, une langue du Soudan du Sud qui formerait certains pluriel en supprimant les consonnes finales des formes du singuliers (par exemple "onyiit":"côte", onyii:"côtes", "rottin":"guerrier", rotti:"guerriers") (mais cette analyse semble contestée).

Syntaxe

Si on se base sur les constituants basiques d'une phrase transitive que sont le sujet, le verbe et l'objet, il existe en tout six manières différentes de les ordonner.

Parmi les langues du monde, il est extrêmement rare que l'objet du verbe soit placé en début de phrases. Seuls 1% des langues semblent présenter ce type d'organisation.

L'ordre des constituants le plus rare est l'ordre Objet-Sujet-Verbe, il ne concerne que 4 langues parmi un échantillon de 1377.

Quelles sont les particularités du finnois ?

Pour répondre à cette question, il faut d'abord s'arrêter sur la notion de particularité. Le problème de cette notion, c'est qu'elle ne peut s'interpréter que par le renvoi implicite à une norme, et le choix de cette norme oriente la réponse.

Dois-je considérer que la norme que je dois prendre en considération est le français (Ma langue maternelle et la seule langue avec laquelle je peux présumer que tout mes lecteurs sont familier), les langues d'Europe occidentale en général, les autres langues finno-ougriennes, ou bien l'ensemble des langues du monde ?

La caractéristique la plus saillante de la langue finnoise pour nous est probablement le nombre élevé de cas dans la déclinaison. On en compte environ une quinzaine (le nombre exact est quelque peu sujet à débat). Néanmoins, on ne peut pas forcément en conclure que la déclinaison du finnois serait plus "complexe" que celle de langues indo-européennes à déclinaison comme le russe, car la grammaire du finnois est relativement plus régulière, les terminaisons pour chaque cas étant toujours les mêmes, à harmonie vocalique près.

Car les mots finnois suivent ce qu'on appelle une harmonie vocalique (comme le hongrois avec lequel il est apparenté, mais aussi comme le turc) : les voyelles du finnois sont divisées en trois groupes : voyelles sombres, voyelles claires, et voyelles neutres, et un mot simple ne peut pas contenir simultanément des voyelles sombres et des voyelles claires.

Par conséquent, pour la majorité des suffixes et des désinences casuelles, il y a une série sombre et une série claire. Ça ne complique pas vraiment l'apprentissage dans la mesure où il est facile de déduire les suffixes sombres à partir des clairs et réciproquement, en se basant sur des équivalences phonologiques suivantes :

clair sombre
Y U
Ö O
Ä A

Exemple : le suffixe "-ton" (à peu près équivalent à "-less" en anglais) a pour forme claire "-tön". Le suffixe "-tus" a pour forme claire "-tys". Et pour les désinences casuelles, le cas inessif a par exemple pour forme sombre "-ssa" et pour forme claire "-ssä".

Un élément très surprenant concernant la déclinaison du finnois est que les noms composés de nombres voient l'ensemble de leurs composants déclinés et pas uniquement l'élément final :

Par exemple, le nombre 35 se dit "kolmekymmentäviisi", mais "pour 35 personnes" se dit "kolmellekymmenelleviidelle hengelle". Notez la répétition de la terminaison "-elle" (il s'agit du cas allatif, ici employé dans un sens datif) à l'intérieur du nombre.

Une autre particularité du finnois : les mots y ont souvent deux radicaux, un radical dit fort et un radical dit faible, dont l'utilisation dépend en gros de la structure syllabique du mot, mais avec quelques exceptions. Ce phénomène est appelé "alternance consonantique" et c'est sans doute une des plus grosses sources de difficulté pour un débutant.

Sur le plan phonologique, le finnois a globalement peu de fricatives (Notamment il n'y a pas de /f/ en finnois, le mot "Finlande" vient du suédois et sans doute d'exonymes germaniques), pas vraiment d'occlusives voisées (/d/ /b/ /g/ sont d'introductions récente et trouvés exclusivement dans des emprunts pour les deux derniers).

Sur le plan de la morphologie dérivationnelle, je crois que le finnois est très riche en suffixes de toute sorte, notamment qui jouent un rôle assez important dans la formation de verbes passivisés ou réflexifs.

Au niveau de la syntaxe, le finnois est une langue qui organise par défaut les mots selon l'ordre "sujet - verbe - objet" comme le français, mais le système casuel rend possible de bouleverser cet ordre selon des considérations de hiérarchie informationnelle pour rendre des nuances que le français rend par des mots supplémentaires ou par des constructions différentes.

Par exemple : "Auto on kadulla" signifie "la voiture est la rue". "Kadulla on auto" signifie "il y a une voiture dans la rue".

Les deux phrases finnoises contiennent exactement les mêmes mots, seul l'ordre change. A contrario dans la phrase française, les mots ne sont pas exactement les mêmes.

Quelles sont les particularités du français ?

Le trait le plus singulier que je connaisse en Français c'est qu'il y a un très grand nombre de voyelles, entre 14 et 16, et en particulier des voyelles nasales, ce qui est globalement plutôt rare.

Moyennant quoi, les voyelles nasales ne sont pas si rares que ça parmi les langues du monde, mais tout de même relativement peu fréquentes : WALS montre qu'elles sont présentes dans un gros quart des langues.

Sinon le français est une langue relativement banale pour autant que je sache, du moins c'est l'impression que me donne WALS.info (qui est la référence en matière de typologie mais ne couvre que les aspects les plus généraux et les plus simples de la comparaison entre langues ).

Parmi les langues romanes par contre, le français est par contre assez singulier, il me semble, les changement phonétiques y ont été bien plus profonds que dans les autres, à un point parfois caricatural cf le mot pour eau :

Latin aqua /ˈa.kʷa/
Italien acqua /ˈak.kwa/
Espagnol agua /ˈa.ɣwa/
Catalan aigua /ˈaj.ɡwə/
Portugais agua [ˈa.ɣwɐ]
Galicien auga [ˈaw.ɣa]
Roumain apă [ˈapə]
Sarde abba
Occitan aiga
Français eau /o/

Que sait-on sur l'étrusque ?

Synthèse de cette question et celle-là

L'étrusque est une langue morte d'Italie du nord, spécifiquement de la région d'Étrurie, qui tire son nom du peuple Étrusque, qui y vivait avant d'être progressivement conquis et assimilé par la puissance romaine.

La langue étrusque a été parlée au moins à partir du VIIIe siècle, à partir de laquelle elle est attestée, jusqu'au Ie siècle avant JC, après quoi elle s'est probablement éteinte.

Il existe un corpus relativement important d'inscriptions étrusques totalisant environ 10 000 exemplaires, mais dont seuls une petite fraction sont vraiment très extensif, l'essentiel est plutôt des inscription épigraphiques courtes sur des petits objets, sur des tombes ou sur des murs.

La langue en elle-même est écrite avec l'alphabet grec et son déchiffrement n'a pas posé de problèmes particuliers au niveau de l'écriture en elle-même.

Le consensus est que l'étrusque n'est pas une langue indo-européenne et ne possède de parentée avec aucune autre langue vivante ou morte.

D'aucuns (Jean Faucounau) considèrent cependant qu'il est indo-européen et rattaché à une langue indo-européenne très tôt différenciée, le Lycien.

Le problème est que le corpus Étrusque est pas assez étendu pour qu'on utilise la seule méthode vraiment concluante pour rattacher une langue à une famille (la méthode comparative).

Néanmoins, la grammaire de l'étrusque paraît assez différente de celle du latin ou du grec, moins fusionnante.

Misc

Pourquoi réfléchir et comprendre (plus ou moins) la langue fait-il se sentir dieu?

Question posée par Claire Fetet

Sans doute parce que « Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, καὶ ὁ Λόγος ἦν πρὸς τὸν Θεόν, καὶ Θεός ἦν ὁ Λόγος. »

Qu'est-ce que la stylistique linguistique ? Qu'apporte-t-elle de spécifique par rapport à l'analyse littéraire ?

Question posée par Le Cheikh

La stylistique linguistique, pour autant que je puisse en juger, est une forme d'analyse littéraire qui se sert des outils de l'analyse linguistique pour enrichir l'études des textes.

Elle peut servir notamment à isoler ce qui, dans les constructions employées par un auteur, relève de sa propre spécificité, ce qui relève du contexte sociolinguistique dans lequel il écrit, et ce qui relève de la langue au sens plus large.

J'avoue que je ne m'y connais pas assez en analyse littéraire pour tenter d'en dire plus long sur la question.

Peut-on déduire de l'histoire du basque que les Basques sont parmi les plus anciennes population implantées en Europe ?

L'hypothèse acceptée à l'heure actuelle est effectivement que le basque (ou ses ancêtres directs) est une langue qui a été parlé continument dans la région depuis au moins l'époque antique et sans doute bien avant.

Ça ne veut en soi rien dire sur les gens qui parlent ou non basque. Il faut bien garder à l'esprit qu'une même langue peut être adoptée par des gens ayant des origines ethniques très différente et ce n'est pas en regardant les langues que parlent les gens qu'on peut avoir des informations sur l'origine biologique de leurs ancêtres.

En l'absence de traces écrites avant une époque relativement récente, ce n'est pas la linguistique qui peut permettre de donner une vision fine des mouvements de population du néolithique, seule la génétique peut fournir des indices, qui ne sont du reste pas facile à interpréter et ne nous disent rigoureusement rien sur la culture des gens qui ont transmis ces gènes.

Tout ce que je peux dire là dessus c'est qu'on n'est pas au bout de nos surprises .

Quelles ressources conseillerais-tu pour débuter en linguistique ?

Synthèse de trois questions curiouscat : celle-ci, celle-ci, celle-ci

Deux problèmes se posent à moi pour répondre à cette question.

Le premier problème est que la linguistique est un domaine extrêmement vaste : il y a plus de 6000 langues dans le monde et des centaines de façons de les étudier et de les comparer. La linguistique peut donc s'aborder de plusieurs façons et il est assez difficile d'en acquérir une vraie vue d'ensemble.

L'autre problème, c'est que je n'ai pas appris la linguistique dans les livres, du moins pas en premier lieu, mais en assistant à des cours qui m'ont permis ensuite d'avoir le bagage nécessaire pour lire des livres.

Les livres que j'ai lus et qui donnent une vision d'ensemble sont le Cours de Linguistique Générale de Saussure et Language de Bloomfield, qui sont chacuns intéressants et mais tout les deux plutôt datés. À vrai dire, ces deux livres restent sans doute des points de départ passables parce que les questions qu'ils traitent effectivement ne reçoivent pas un traitement si obsolète que ça. Là où ils sont le plus fortement datés à mon avis, c'est par tout ce dont ils ne parlent pas.

Un autre ouvrage introductif intéressant est celui de John Lyons, qui est un peu moins daté, et qui a été traduit en français pas F. Dubois-Charlier et D. Robinson.

Je ne sais pas s'il existe un ouvrage plus récent qui couvre l'ensemble de la linguistique, ou même juste de la linguistique interne.

Pour orienter utilement une personne qui s'intéresse à la linguistique, il faut d'une part avoir une idée du temps et de l'énergie qu'elle est prête à y consacrer (s'agit-il d'une simple curiosité intellectuelle ou du début d'une vocation ?), et d'autre part, quelles questions spécifiques attirent son intérêt.

Liens et références

Références

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